Apprendre à devenir entrepreneur

par Pauline Laverton

Créer son entreprise. Un choix confronté aux lacunes des formations initiales et aux contraintes du monde professionnel. Pourtant, les structures existent pour pallier ces manques et apporter des solutions : boutiques de gestion, chambres de commerce, pépinière privée d’entreprises… Grâce à un apprentissage « sur le tas » et des formations dispensées par leurs pairs, Gaël Ecolan et Hervé Helloco sont désormais patrons. Portrait croisé.

Cap'entreprise2, extension logique de la 1ère structure d'aide à la création d'entreprisePépinière Cap’entreprise 2, parc d’activité des Châtelets, à Trégueux. Gaël Ecolan, 36 ans, directeur de La porte bleue, a monté son agence de communication il y a un an. Pourtant, rien, dans son cursus, ne le laissait prévoir. Après une maîtrise d’histoire à Rennes, il devient journaliste pigiste à Paris, notamment pour un magazine de VTT. « Ma passion », avoue t-il.

Puis il s’oriente vers le marketing en 1999, pour ce même magazine, et apprend, sur le tas, la PAO (publication assistée par ordinateur), qui va s’avérer nécessaire pour monter son projet. « Je n’ai pas suivi de formation, cela ne m’a pas semblé nécessaire ». Aujourd’hui, il gère la communication de plusieurs TPE/PME, dont beaucoup sont hébergées à Cap’entreprise. Entrer en pépinière permet en effet d’être en contact permanent avec d’autres entreprises, et ainsi de constituer un réseau.

Les CCI

Chambres de commerce et d’industrie

Elles accompagnent la création ou la reprise d’entreprise, afin de les faire prospérer. Elle sont gérées par des chefs d’entreprises. Celle des Côtes d’Armor représente les 18 000 structures du département.

Aidé de deux associés, Hervé Helloco, 43 ans, a monté Trocline, un site de troc en février 2009. Gaël Ecolan en gère la communication. « L’important, au début, c’est de ne pas être seul, explique Hervé. On suit les formations proposées par Cap’entreprise et on est également suivi individuellement. C’est très stimulant ».

Les études ? « Il fallait bien en faire… »

cat3_hervehellocoSon bac technologique en poche, Hervé Helloco obtient en 1985 un DUT de mesures physiques à l’IUT de Lannion. Il entre ensuite en faculté de physique-chimie. « Pourtant, je n’aimais pas vraiment ça, se souvient-il. Moi, ma passion, c’était la musique. Je faisais des études simplement parce qu’il fallait bien en faire. » Il passe un an à jouer dans plusieurs groupes, avant de trouver un emploi chez le leader de l’emballage aluminium, Impress, à la Flèche, en 1981. « Rien à voir, donc, avec ma formation en chimie ! »

Après quinze ans passés au service client, il en a « ras-le-bol ». Lassé par des voyages trop nombreux, il revient à Saint-Brieuc afin de monter son projet. « Pourtant, je m’étais promis de ne jamais y retourner ! Je trouve que c’est une ville qui ne bouge pas beaucoup… mais ma femme vit ici ». Gaël Ecolan n’a pas non plus choisi le pays de Saint-Brieuc. « J’y suis revenu par hasard, pour suivre ma femme. Mais je suis convaincu que l’on n’y reste pas par défaut ! » Partenaire de l’Agence de développement économique du Pays de Saint-Brieuc (ADE), il croit, lui, fermement en l’attractivité de ce territoire, dans lequel il voit des « possibilités énormes ».

« On ne peut pas être spécialiste de tout »

Le concours de la création d’entreprise

Organisé par l’ADE et Cap’entreprise, ce concours est doté de cinq prix pour récompenser les créateurs d’entreprise. 40 000 euros seront cette année offerts aux lauréats. Une seule condition pour participer au concours : s’implanter dans la zone d’emploi de Saint-Brieuc.

Assez rapidement, Hervé Helloco au statut pépinière pour se lancer. Il participe en 2008 au concours de la création d’entreprise. « Au début, c’est vraiment dur de s’y retrouver ». Ne disposant d’aucunes notions en informatique ou en gestion d’entreprise, il effectue deux mois de formation à l’AFPA, où il apprend les règles juridiques et financières de base. « Savoir ce que sont un bilan et une étude de marché, comment arriver à un plan d’affaires… cette formation m’a beaucoup appris. En plus, défendre un projet est difficile sans expérience de gestion. »

Gaël Ecolan; directeur de l'agence de communication La porte bleue

Pour la partie technique, il s’est entouré de Laurent Le Coq, ingénieur en informatique. « Ces formations aident vraiment au pilotage de son projet, insiste Gaël Ecolan. Chef d’entreprise, quel que soit le domaine d’activité, c’est d’abord un métier ». Un métier qui s’apprend, malgré tout, sur le tas.

Il poursuit : « Il n’y a pas besoin de formation pure pour monter un projet. Il suffit juste d’être curieux. Moi, je fais de la veille technologique, tout en m’appuyant sur des partenaires auxquels je peux déléguer dans certains domaines. On ne peut pas être spécialiste de tout ». Rien ne fait peur à cet hyperactif. S’il n’avait pas créé son agence de communication, il aurait, de toute façon, eu le désir de monter un projet dans un autre domaine. « Il n’y a pas de barrières. Quand on en a l’envie, on peut faire ce que l’on veut. La formation, le cursus, c’est du théorique. Même si ma formation universitaire et mon expérience de journaliste m’ont aidé à savoir écouter mes clients. »

Hervé Helloco est, lui, plus nuancé sur le sujet. Même en période de crise, son idée de faire du troc en ligne a été difficile à mettre en place, d’abord à cause des réticences par rapport à Internet, à l’époque à ses balbutiements. « Quand on parle de projet web, les gens les plus âgés, ça les bloque… En France, on doit sans cesse se justifier. Et, au début, on se sent vraiment très seul ».

En savoir +

« Il faut adapter les études à la réalité du monde de l’entreprise »

Permanence téléphonique, secrétariat, affranchissement gratuit du courrier… Des services proposés par Cap’entreprise aux jeunes entrepreneurs, afin qu’ils s’installent à moindre coût. Ces derniers disposent également d’un suivi personnalisé et de formations organisées tous les mois. Jean-Charles Minier, le directeur de l’établissement, revient sur l’intérêt de ces accompagnements.

En quoi consiste l’accompagnement des entrepreneurs au sein de la pépinière?

Il est de deux sortes : d’abord, on met en place un accompagnement individuel pour chaque dirigeant d’entreprise. Je fais le point avec eux sur l’évolution de leur activité et les problèmes auxquels ils sont confrontés. On est là pour les booster. Ces rendez-vous ont lieu environ tous les deux mois. Des formations collectives sont également organisées tous les mois. Elles sont assurées par des experts en management, des agences de communication, des avocats, des experts en ressources humaines… Ce sont les entreprises elles-mêmes qui nous aident à déterminer la liste des formations.

Ces formations sont-elles, selon vous, nécessaires pour la pérennité des entreprises?

J’en suis convaincu. Les statistiques sont parlantes : au bout de 5 ans, 82% des entreprises de la pépinière sont toujours en activité, alors que la moyenne nationale tourne autour de 50%. Les entrepreneurs sont souvent très diplomés : on a plutôt affaire à des Bac + 2 et supérieurs. Le problème, c’est que chaque activité a ses spécificités. Et chacun a sa personnalité : on a de très bon techniciens mais qui s’y connaissent peu en gestion financière. D’autres ont du mal à prendre leur téléphone et faire de la prospective commerciale… On met le doigt sur leurs problèmes et on les aide à établir des stratégies.

Pensez-vous que le système éducatif est inadapté à la création d’entreprise ?

Je ne suis pas contre le fait de faire des études… mais il faut les adapter à la réalité. Je suis passé moi-même par une université reconnue, Paris Dauphine. Le problème, dans ces établissements, c’est qu’on fait beaucoup de théorie. Si on sort à un patron de TPE un livre de Michael Porter1, il n’en aura aucune utilité. Ce genre d’études est destiné aux services gestion de grandes entreprises comme Adidas ou SFR. Alors que les vraies solutions, pour les entreprises, sont celles qui s’adaptent à chacuns de leurs besoins.

1. Michael Porter est un professeur de stratégie de l’entreprise de l’université de Harvard, également spécialiste de l’économie du développement.

Femmes créatrices d’entreprise :
des barrières toujours prégnantes

Les femmes sont, en moyenne, plus diplômées que les hommes, tant au niveau national que local. Pourtant, elles ne représentent que 30 % des créations d’entreprises, alors que de nombreuses structures leur viennent en aide. L’explication : des barrières toujours omniprésentes. Le point sur certaines difficultés auxquelles elles peuvent être confrontées.

cat3_samira

Des cursus trop généralistes. En France, 49% des femmes détiennent un baccalauréat, alors que cette proportion s’élève à 44% pour les hommes. Pour la zone d’emploi de Saint-Brieuc, les chiffres sont similaires. « Le problème, c’est que les femmes effectuent souvent des formations généralistes, alors que les hommes se tournent vers des métiers plus techniques et apprennent les bases de la gestion », explique Catherine Allain, gérante du Clefe et directrice de la Maison de l’emploi de Saint-Brieuc. Des structures existent toutefois pour rattraper ce retard, comme les Chambres de commerce et d’industrie, qui proposent des formations spécifiques. Samira, 34 ans, diplômée d’école de commerce, a monté il y a deux ans Dawliz, une boucherie-traiteur à Saint-Brieuc. « Même si la cuisine, c’était ma passion, j’ai quand même dû reprendre mes études à 32 ans. J’ai passé un CAP traiteur dans l’Oise et effectué une formation en gestion et en marketing. Ça aide à être prise au sérieux quand on veut monter son projet ». Mais les deux tiers des femmes qui se lancent dans la création d’entreprise n’ont suivi aucune formation de gestion au préalable.

Des qualifications minorées. “Il est paradoxal de noter que les femmes créatrices sont plus diplômées que les hommes créateurs , lit-on sur le site de Racines (Réseau d’accompagnement des créations et initiatives avec une nouvelle épargne de solidarité). C’est au cours de leur cursus professionnel que leur qualification s’est dégradée ». Les femmes ont davantage acquis leur expérience professionnelle dans des plus petites entreprises, pendant moins longtemps, et dans des positions hiérarchiques moins favorables. 11% d’entre elles ont été cadres avant de créer leur entreprise, contre 22% des hommes, et 38% ont été salariées contre 24% chez les hommes.

Des métiers qui semblent toujours inaccessibles. Bâtiment, automobile… ces secteurs, très présents dans la zone d’emploi de Saint-Brieuc, sont encore considérés par les femmes elles-mêmes comme inaccessibles. Elles représentent seulement 1,6% des employés dans la production des métiers du bâtiment. Les femmes, en créant leur entreprise, s’orientent quasi exclusivement vers le tertiaire, plus particulièrement les services à la personne. Lors de sa reprise d’études, Samira évoque la difficulté d’entrer dans le monde très « masculin » du métier de traiteur : « J’étais la seule femme de ma classe de CAP. De plus, j’étais la seule d’origine étrangère et la plus âgée. Les jeunes croyaient que j’étais prof ! Il faut vraiment être motivée».