L’enseignement du théâtre
sur le devant de la scène

par Arthur Bayon

Depuis l’automne 2008, le conservatoire de la ville de Saint-Brieuc dispose d’un nouveau département d’art dramatique. Animée par un professeur diplômé d’Etat, cette structure propose une formation complète qui allie théorie et pratique. Un exemple du développement de l’encadrement institutionnel de l’activité théâtrale et de son enseignement.

Un département d’art dramatique a été créé au conservatoire de la ville à la rentrée 2008. Annie Lucas, metteur en scène de la compagnie conventionnée Folle Pensée, a en effet obtenu son diplôme d’Etat et son certificat d’aptitude. Ces qualifications l’habilitent à mettre en place et à diriger un département qui, dans l’état, n’existait plus à Saint-Brieuc depuis plus de trente ans. Cette nouvelle structure symbolise bien l’encadrement institutionnel qui se renforce autour de la pratique du théâtre et de sa transmission.

La programmation de la scène nationale de la Passerelle donne une large place au théâtre.Saint-Brieuc entretient depuis longtemps une relation particulière avec le théâtre. Aujourd’hui, la ville abrite plusieurs compagnies professionnelles. Elles se distinguent des compagnies amateurs par la possession d’une licence d’entrepreneur du spectacle. Aujourd’hui, elles sont au nombre de six : le Chien Bleu, Fiat-Lux, Folle Pensée, Gazibul, Quai Ouest et le Totem. En dépit d’importantes disparités, chacune de ces compagnies propose des formations, souvent nécessaires pour la viabilité de l’association.

L’intervention en milieu scolaire est un des moyens de bénéficier de subventions de la part du conseil général, du conseil régional et de la ville. Cet aspect purement économique ne contredit pas la volonté de sensibilisation et de transmission des savoirs propres à beaucoup de comédiens. Certains nuancent cependant cette envie, notamment lorsqu’elle prend la forme de cours systématiquement hebdomadaires : « On n’a pas forcément envie de faire que ça. C’est un peu routinier et j’aime bien changer de public », reconnaît Christophe Duffay du Totem.

De façon générale, les professeurs de ces compagnies se concentrent davantage sur les techniques de jeu que sur l’acquisition d’une culture théâtrale plus théorique… mais pas uniquement.

De l’école à la prison, le théâtre touche tous les publics

Les enseignements dispensés n’ont pas la même vocation éducative. La compagnie Gazibul organise par exemple des ateliers pour les enfants dès l’âge de sept ans. Elle intervient en maternelle en privilégiant l’éveil, le travail d’écoute et la vie en communauté.

Geneviève Beurrier, fondatrice de l’ancienne école d’arts dramatiques de Saint-Brieuc, a lancé sa propre troupe nommée Quai Ouest. Sous forme de cours le samedi matin, elle continue de préparer aux « grands concours nationaux » (voir éclairage ci-dessous : cours d’improvisation à Quai Ouest).

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+d’infos


Sites des six compagnies professionnelles

Une compagnie comme le Totem se distingue en ne proposant aucun cours régulier sur l’année : elle privilégie les rencontres ponctuelles. Des semaines intensives avec les scolaires ou des stages répartis sur plusieurs week-ends (placement de la voix, combat de spectacle, masques…). Sans oublier les interventions auprès des membres des Ateliers du Coeur.

Quant aux comédiens de Fiat-Lux, ils dispensent stages et ateliers à destination d’amateurs ou de professionnels, avec une spécialisation dans la communication non-verbale.

Monique Lucas, de Folle Pensée, est « souvent amenée à travailler en lien avec les milieux carcéraux et de la santé », du fait de sa sensibilité et de sa formation initiale en psychologie. Enfin, le Chien Bleu s’est complètement spécialisé dans la pratique du théâtre auprès de publics en difficulté (handicapés, prisonniers…) et la transmission de la culture afro-cubaine, parfois dans le cadre du conservatoire.

Conservatoire ou écoles amateurs ?

Au conservatoire justement, le cursus ouvert à la rentrée 2008 se découpe en trois cycles destinés aux futurs comédiens. Il peut s’accomplir en maximum six ans et est accessible dès 15 ans (éclairage ci-dessous : stage de clown). La seule formation institutionnelle de Saint-Brieuc n’est en aucun cas professionnalisante. Elle permet de se préparer aux concours des grandes écoles hors du département, même si ce n’est pas sa vocation première. « Tout ce qu’ils apprennent ici leur sert ! », assure Annie Lucas, de Folle Pensée.

Ressources sur l’intermittence

Le statut d’intermittent du spectacle
– Marc N., Le Guide des intermittents du spectacle, édition 2007-2008, La Scène, 328 pages

Le conservatoire et les concours ne constituent pas une fin en soi. Chaque comédien possède un parcours qui lui est propre, avant tout basé sur des rencontres et des opportunités. « Je n’ai pas fait de conservatoire mais j’ai l’impression d’avoir été formé par toutes les rencontres que j’ai faites. Le théâtre ne m’a jamais quitté. A côté, d’autres études [fac de langues et stages à l’étranger, ndr] m’ont ouvert d’autres portes », explique Christophe Duffay.

Le monde des écoles amateurs est en pleine mutation, particulièrement dans les Côtes-d’Armor. Il pourrait bien constituer une alternative de choix pour les futurs intermittents. Depuis 2006, le conseil général a d’ailleurs mis en application un important schéma départemental de l’enseignement du théâtre (voir encadré : le schéma départemental de l’enseignement du théâtre) pour apporter moyens financiers et reconnaissance à ces écoles.

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En savoir +

Peu de formations reconnues

La voie royale pour devenir comédien consiste à intégrer un des trois « établissements publics d’enseignement supérieur » (Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, Ecole supérieure d’art dramatique du théâtre national de Strasbourg, Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre de Lyon) ou l’une des huit écoles régionales partenaires du ministère de la Culture et de la Communication.

Toutes ces écoles ne sont accessibles qu’à l’issue d’un concours d’entrée très sélectif qui nécessite une certaine expérience de la scène de préférence acquise en formation initiale : bac théâtre et/ou cycle en conservatoire départemental. De très nombreux cours sont aussi dispensés dans le cadre privé et les plus prestigieux se trouvent à Paris : Ecole d’art dramatique Jean Périmony, Cours Florent, etc.

Un schéma départemental pour le théâtre

La pratique du théâtre relève le plus souvent de la sphère amateur et, à ce titre, ne bénéficie pas toujours d’une vraie reconnaissance de la part des collectivités. Dans les Côtes-d’Armor, la grande vitalité de ce secteur a néanmoins incité le conseil général à se doter d’un schéma départemental spécifique, comme il en existe pour la musique et la danse, afin d’assurer le développement, la mise en réseau et la qualification de l’enseignement et de la pratique amateur. Ce schéma concerne plus de « 2000 pratiquants amateurs et 1500 élèves ». Il a été voté en février 2007 à la suite d’une analyse globale de l’offre réalisée par l’Association départementale pour le développement de la musique et de la danse en Côtes-d’Armor, aujourd’hui dotée d’un chargé de mission en théâtre : Pascal Del’Din.

Les objectifs sont triples. Il s’agit d’abord d’assurer un « développement harmonisé de l’offre pour réduire les inégalités », notamment dans les « territoires dépourvus ou excentrés ». Ensuite, la « professionnalisation des intervenants » est une étape essentielle qui implique par exemple la mise en place de « formations diplômantes ». Enfin, il est nécessaire d’assurer une « structuration de l’activité et un renforcement des contenus » en multipliant les intervenants et en favorisant l’ouverture artistique.