Former pour le développement du territoire

par Johann Foucault

Favoriser les liens entre école et entreprise. Une des missions que Frédéric Guiomar, conseiller en formation au sein de l’Upia (Union patronale interprofessionnelle d’Armor), mène dans le Pays de Saint-Brieuc. Les raisons : répondre aux lacunes des formations générales, aux besoins des entreprises locales et aux perspectives d’évolution professionnelle des salariés. Une nécessité pour le développement économique du territoire.

Une de vos missions consiste à établir des liens plus concrets entre le monde de l’école et celui de l’entreprise. Pourquoi se préoccuper d’un tel rapprochement ?

Frédéric Guiomar est conseiller en formation à l'Union patronale interprofessionnel d'ArmorOn considère parfois que le monde éducatif ne connaît pas suffisamment l’entreprise. D’une manière générale, par leur cursus, les enseignants l’ont peu côtoyée. Les élèves qui étudient dans des filières techniques ou technologiques sont, eux, plus proches de l’entreprise. Mais dans certaines filières générales ou universitaires, il existe une réelle méconnaissance. D’où l’importance de faire passer un certain nombre de messages auprès de ces publics (Voir encadré ci-contre). D’autant plus qu’un certain nombre d’entreprises ont besoin de recruter du personnel, notamment dans l’industrie.

Rapprochement école-entreprise, l’Upia en actions :

Semaine école-entreprise. Collégiens, lycéens et patrons se rencontrent, dans les classes ou les entreprises.
Participation de 2008 :
9000 jeunes du département,
22 établissements scolaires
et 19 entreprises.

« 24 heures avec ». Rencontre entre un chef d’établissement et un chef d’entreprise. Chacun vit le quotidien de l’autre pendant 24 heures.

« Les boss invitent les profs ». Des chefs d’entreprise organisent un déjeuner auquel sont conviés des enseignants. Pas d’ordre du jour ni de thème précis prédéfini. Un seul objectif : apprendre à mieux se connaître.

« Le tissu des entreprises locales n’a pas forcément capacité
à absorber tous les diplômés. »
Les perspectives de recrutement se situent principalement dans l’industrie. Comment expliquer que les jeunes diplômés soient si nombreux à quitter le Pays de Saint-Brieuc ?

Une des particularités du bassin d’emploi, c’est son tissu industriel consistant. Beaucoup d’unités de production sont présentes sur le territoire mais pas les centres de décision. Ce qui n’intéresse pas forcément les jeunes diplômés et peut les inciter à partir. Il faut avoir conscience que le tissu des entreprises locales, hors industries, n’a pas forcément capacité à absorber tous les diplômés.

Alors, quelle est la solution ?

Le véritable problème, c’est l’orientation. Quand on voit les taux d’échecs en première année d’université, on peut s’ interroger quant à la pertinence de la voie générale. Il peut être intéressant de proposer à ces étudiants des formations plus techniques et technologiques qui permettent de trouver un emploi par la suite. En plus, ces profils intéressent les entreprises industrielles. Ces jeunes possèdent un assez bon niveau de culture générale et ont fait plus ou moins une année de fac. En acquérant des compétences techniques, ils peuvent évoluer plus facilement dans une entreprise.

Le secteur industriel serait donc une roue de secours pour sortir des méandres du cursus général dans lequel s’égarent parfois les jeunes ?

Non, ce n’est pas une roue de secours, mais une solution parmi d’autres. Ce n’est pas la seule, mais encore faut-il que les gens concernés en aient connaissance. Il y a des cursus généraux qui fonctionnent très bien. Parfois, la pression, à la fois familiale et enseignante, a contribué à rester dans le général. Mais il peut y avoir un moment où ça bloque.

« On ne fait plus le même travail toute sa vie. »
Pour résumer : une offre de formation spécifiquement orientée vers le secteur industriel est présente dans le Pays de Saint-Brieuc, afin de répondre aux besoins des entreprises et de combler les lacunes des filières générales en terme d’insertion professionnelle. Mais le contexte économique, parfois contraignant, peut influer sur les choix d’orientation. Dans ce cas, l’offre de formation est-elle une réelle solution à long terme ou juste une réponse dans l’urgence à une situation donnée ?

D’abord, vis-à-vis de la crise, la démarche consiste à préserver les emplois existants. La pire erreur, à mon avis, serait d’arrêter de former des gens en période de crise. On a toujours besoin de main d’œuvre et de gens qualifiés. Concernant l’offre de formation, c’est vraiment une question de choix. Il y a des personnes qui font des études parce qu’elles y trouvent un intérêt, peut-être parfois sans se poser la question des débouchés. Mais c’est un choix respectable. Il y a ceux qui veulent trouver un boulot plus rapidement et s’orientent vers des filières plus professionnalisantes. Je pense aussi qu’un certain nombre de gens choisissent des filières par nécessité, dans lesquelles ils n’auraient sans doute pas souhaité travailler à l’origine.

N’y a-t-il pas un risque que les gens naviguent à long terme entre plusieurs situations professionnelles parfois instables ?

Oui, mais c’est un peu ça aussi le concept de formation tout au long de la vie. On fait un métier à un instant T, mais quel métier va-t-on faire dans cinq ou dix ans ? On n’en sait rien. Même les entreprises n’en savent rien. C’est pour cela qu’elles ont besoin de salariés capables d’évoluer. L’avantage, c’est que la formation dans l’entreprise s’est développée et continue encore de le faire. Les possibilités de reclassement et de changement de métier existent aussi et vont sans doute continuer à s’accroître. Aujourd’hui, cette capacité d’évolution professionnelle n’est pas facile et peut générer une forme d’angoisse. Il faut que l’appareil de formation soit adapté à ce genre de situation. Dans le Pays de Saint-Brieuc, les structures existent, nous ne sommes pas dans un désert de formation.

Finalement, c’est un atout pour son développement économique ?

Clairement. Quand une entreprise veut s’implanter, elle regarde autant l’environnement matériel, les infrastructures, les axes de communication… que les possibilités de trouver le personnel nécessaire et de disposer d’un appareil de formation suffisant. Et une entreprise, c’est quoi ? De la ressource humaine, du savoir-faire, de la matière grise. Elle ne vaut que par les salariés qui la composent. Il est donc normal que nos préoccupations soient d’avoir les bonnes compétences au bon moment.




En savoir +

Des mercredis pour l’entreprise

Initiés par l’Agence de développement économique du pays de Saint-Brieuc (ADE), les mercredis de l’entreprise permettent aux professionnels de l’éducation de découvrir le monde de l’entreprise.

Depuis 2003-2004, conseillers, professeurs, éducateurs… s’immergent dans les secteurs d’activité professionnelle au travers des mercredis de l’entreprise. « Ce personnel est amené à orienter les jeunes et à discuter avec eux de leur parcours professionnel, explique Michel Joufflineau, président de l’ADE. Pour cela, il faut être le plus dans le concret, ne serait-ce que pour être plus crédible et proche de la réalité. »
Visites d’entreprises, échanges liés aux activités des secteurs concernés… C’est une passerelle supplémentaire entre l’école et l’entreprise.